Workshop

October 12, 2021 |  – 16
Language: French – Translation in English is provided.

Topic: Comment soutenir efficacement les enfants et les jeunes LGBTQI+ en protection de l’enfance?

Contributors:

Atelier proposé par:

Elodie FAISCA (travailleuse sociale, doctorante)

Marie-Cecile PERDIZET (travailleuse sociale, étudiante en Master / DEIS)

Anna RURKA (Maîtresse de conférences à l’Université Paris Nanterre)

This workshop take place in French. See the English translation of the workshop content. 

Au 31 décembre 2019, le nombre de mineurs bénéficiant d’au moins une prestation ou une mesure relevant du dispositif de protection de l’enfance est estimé à 312 500 sur la France entière (hors Mayotte). À cette même date, le nombre de jeunes majeurs concernés par une prestation ou une mesure est estimé à près de 24 700 sur la France entière (hors Mayotte), ce qui représente 10,2 ‰ des jeunes âgés de 18 à 21 ans[1]. Malgré la mise en œuvre d’un dispositif nationale (OLINPE), les difficultés de produire des connaissances concernant la population des mineurs et des majeurs pris en charge persistent.

L’indisponibilité de données populationnelles concernant les personnes LGBTQI+ (auto-déclarées) et spécifiquement des mineurs est un fait frappant et ne permet pas à première vue de savoir quelle est la proportion d’enfants / jeunes LGBTQI+ concernée par une intervention en protection de l’enfance. Cela rend également difficile de savoir si ces personnes expriment des besoins spécifiques qui pourraient conduire à une diversification de l’accompagnements proposé dans le cadre de la protection de l’enfance.  Pourtant, quelques données issues de travaux de recherche internationaux ou de rapports publics laissent à penser que l’accompagnement de ces enfants et les jeunes, bien qu’invisibilisés par l’absence de données qualitatives et quantitatives, suscite quelques questions que l’atelier propose de discuter avec les professionnels et des personnes concernés.

Un récent rapport du défenseur des droits en France constate que « Les filles et les jeunes homosexuels et bisexuels sont encore plus touchés » par les violences psychologiques, physiques et sexuelles et l’étude souligne que le sexisme et les LGBT-phobies « constituent des facteurs majeurs d’émergence des violences au sein de la famille, qui peuvent aller jusqu’à la mise en danger des jeunes personnes lesbiennes et bisexuelles ».[2] Le rapport indique qu’en comparaison, les taux de violences déclarées pendant l’enfance peuvent doubler, tripler voire décupler pour cette population (p12). En parallèle, le récent Plan national d’actions pour l’égalité des droits contre la haine et les discriminations LGBT+ de 2020-2023 prévoit une action visant à permettre une meilleure prise en charge des enfants et des adolescents dans le cadre de l’aide sociale à l’enfance et de la protection judiciaire de la jeune[3]. En 2017, l’observatoire national de protection de l’enfance mentionne pour la première fois la nécessité de prendre en compte la diversité des orientations sexuelles et des enjeux qui y sont associés en protection de l’enfance.

Une revue de littérature internationale[4] recense 116 publications et constate que les enfants et les jueunes se déclarant LGBTQI+ sont largement surreprésentés dans le système de protection de l’enfance. Ils sont également plus susceptibles d’être placés dans des établissements collectifs et de subir des ruptures de placement que leurs homologues non LGBTQI+. Une étude réalisée à Los Angeles montre une surreprésentation des enfants et des jeunes LGBTQI+ en protection de l’enfance. Entre une et demie et deux fois plus de jeunes LGBTQI+ seraient accueillis en famille d’accueil par rapport à la population générale[5]. Au-delà de la représentation de la population LGBTQI+ dans le système de protection de l’enfance, plusieurs travaux étudient cette question sous le prisme de l’intersectionnalité et quelques données existent sur les caractéristiques ethniques des jeunes LGBTQI+ bénéficiant d’une intervention. Soixante-six articles issus de la revue de littérature repérée ont mis en évidence les risques et les vulnérabilités qui résultent de la prise en charge en protection de l’enfance pour les jeunes LGBTQI+. Les risques fréquents relevés sont : le sans-abrisme, les comportements sexuels à risque, la consommation et l’abus de substances, les idées suicidaires et les tentatives de suicide ainsi que la représentation disproportionnée dans le système de justice juvénile. Mitchell et al. (2015) ont déclaré que, comparés à leurs pairs hétérosexuels, les jeunes LGBTQI+ ont plus d’incidences d’anxiété, de dépression, de colère et même de troubles de stress post-traumatique liés aux abus. Les jeunes LGBTQI+ peuvent également avoir moins de possibilités de bénéficier de services et de ressources après le placement en raison de l’instabilité du placement (Mallon, 2001, cité dans Mitchell et al., 2015). L’étude longitudinale française ELAP et des travaux scientifiques portant spécifiquement sur la sortie du dispositif de protection de l’enfance font état du risque accru pour les jeunes sortant de connaître des situations d’errance ou de sans-abrisme et les chercheur·se·s impliqué·e·s souligne l’effet des ruptures et changements de lieux d’accueil (Frechon et al, 2018 ; Robin et al, 2018). Une étude a mis en évidence des résultats économiques faibles, notamment une instabilité de l’emploi et un salaire horaire inférieur pour les jeunes LGBTQI+, par rapport à leurs pairs non-LGBTQI+ (Dworsky, 2013). La référence aux recherches internationales n’a pas pour but d’être comparative. Néanmoins, les résultats devraient alerter les acteurs du travail social, et plus particulièrement celles et ceux qui travaillent dans le domaine de la protection de l’enfance, sur la situation et les besoins spécifiques de cette population.

L’atelier proposé vise en premier lieu de discuter la situations des enfants et des jeunes en protection de l’enfance ; d’un côté les vécus, les  expériences et les besoins de ces jeunes et de l’autre les accompagnements proposés, des enjeux éthiques et déontologiques, les pratiques et des questions juridiques auxquels les institutions et les professionnel·le·s sont confrontés.

Conclusion sur les pratiques émergentes en matière de travail social par l’association “Le refuge” et la présentation de son foyer pour les enfants LGBTQI+ relevant de la protection de l’enfance.

REFERENCE

[1] https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/sources-outils-et-enquetes/lenquete-aide-sociale- aupres-des-conseils-departementaux.

[2] Rapport du défenseur des droits (2019) Violences intrafamiliales : les filles et les jeunes LGBT plus touchés | Avril 2020

[3] https://www.egalite-femmes-hommes.gouv.fr/wp-content/uploads/2020/10/DILCRAH-Plan-LGBT-2020-2023.pdf

[4] Annie E. Casey Foundation (2016) LGBTQI+ in Child Welfare : A SYSTEMATIC REVIEW OF THE LITERATURE. https://www.aecf.org/resources/LGBTQI+-in-child-welfare

[5] Wilson, B. D. M., Cooper, K., Kastanis, A., & Nezhad, S. (2014). Sexual and gender minority youth in foster care: Assessing disproportionality and disparities in los angeles. Los Angeles, CA: The William Institute. Retrieved from: http://williamsinstitute.law.ucla.edu/wp-content/uploads/LAFYS_report_final-aug-2014.pdf.